Une messe animalière

Quand le catholicisme façonne la morale de l'IA

Le 5 octobre dernier, une bénédiction un peu spéciale s’est déroulée un peu partout autour du globe. De la cathédrale Saint-Jean-le-Divin de New York à l’église Santa Maria de los Dolores de Tegucigalpa, en passant par Notre-Dame-des-Buttes-Chaumont, plusieurs millions de fidèles se sont rendus dans leur paroisse pour la Saint-François-d’Assise.

Oreilles dressées, bruits de sabots, échos de miaulements et d’aboiements remplissant la nef…

Après l’habituelle messe, le prêtre descend de la chaire et se tient face à une ligne de fidèles qui se poursuit jusqu’à l’extérieur de l’église. Certains, une laisse à la main, d’autres avec un chat, un lapin, des enfants tenant des bocaux remplis de poissons rouges et parfois même des cavaliers accompagnés de leur monture.

Depuis plusieurs décennies, la bénédiction des animaux est devenue une véritable tradition annuelle dans certaines paroisses catholiques. Un article du Figaro, datant du 5 septembre, relate le cas d’une propriétaire new-yorkaise venue avec sa chienne « pour la dixième année consécutive ».

Saint François prêchant aux oiseaux (basilique inférieure d'Assise, fresque du Maître de saint François, vers 1250-1265)

Histoire d’une bénédiction

Les premiers rituels de ce type sont organisés dès 1903 par l’Association de protection animale de Buenos Aires, en Argentine. L’idée se répand très rapidement dans le reste de l’Amérique latine et entretient l’idée d’une protection animale. Un nouveau jalon est franchi à la fin des années 1920, lorsque l’Organisation mondiale de protection des animaux décide d’organiser la première Journée mondiale des animaux le 4 octobre 1929, donnant ainsi un rayonnement international à ce rituel. Une date spécifiquement choisie pour son lien avec saint François d’Assise.

En France, il faudra toutefois attendre le début des années 1990 pour observer les premières bénédictions d’animaux. L’ethnologue et directrice de recherche au CNRS, Anne-Marie Brisebarre, explique la genèse de ce phénomène dans un article publié en 2003 dans la revue Communications. Elle explique que tout a commencé dans la paroisse Sainte-Rita, située dans le 15e arrondissement de Paris avec l’investissement de Monseigneur Philippe, alors prêtre de la paroisse. « Mgr Philippe vit un jour une petite grand-mère qui attachait son chien à la grille extérieure avant d’entrer pour prier. Entrez avec lui [expliqua le prêtre], n’ayez crainte, l’église est faite aussi pour accueillir les animaux, car eux aussi ils ont une âme », raconte Anne-Marie Brisebarre.

Très rapidement, l’idée se répand jusqu’au point où le prêtre propose à son conseil presbytéral, une véritable messe annuelle accompagnée d’une bénédiction de « tous les animaux, les bien-portants comme les malades. Si la réaction des uns fut glaciale, les autres crurent à une plaisanterie », rapporte l’ethnologue. S’en est suivi un long débat, plusieurs membres du conseil essayant de décourager Mgr Philippe : certains évoquent la moquerie des paroisses voisines, d’autres évoquent l’aspect logistique et la potentielle saleté qui résulterait d’un tel rassemblement. Malgré une forte opposition, Mgr Philippe a décidé d’organiser ce rassemblement au sein de sa propre paroisse et, en quelques années, cette cérémonie a été popularisée dans plusieurs paroisses parisiennes et, plus largement, dans le reste du territoire hexagonal.

Le saint patron des animaux

Saint François d’Assise était un prêtre catholique italien ayant vécu entre 1181 et 1226. Il est notamment connu pour avoir fondé l’ordre des Frères mineurs, couramment appelé l’ordre des franciscains. François d’Assise considérait que chaque création divine devait être respectée, que ce soient les plantes, les astres et les animaux. C’est d’ailleurs cette vision qui inspira la composition d’une prière, le Cantique des Créatures, en 1224. Le saint franciscain fut l’un des premiers théologiens à avancer l’idée que les animaux sont les égaux de l’Homme.

Un positionnement qui n’a fait que renforcer les légendes autour de lui. Saint Bonaventure, également théologien et ministre général des franciscains, les a rassemblées dans la Legenda Major, un ouvrage consacré à la vie de François d’Assise. La plus connue est liée au village de Greccio. Saint Bonaventure relate que, « pendant un séjour qu’il demeurait dans l’ermitage de Greccio, les habitants de la contrée subissaient des attaques régulières de loups. Faisant fi de ces risques, François d’Assise décida de partir à la rencontre de ces animaux […] Les habitants de la ville furent témoins de la marche du saint dans la forêt, pour aller au-devant du loup, qui mit sa patte dans la main de François, après s’être engagé par pacte à ne plus faire de mal à personne ».

Par T.V.D.S.

Crédits photos : bannière Prêtre bénissant des animaux de compagnie – Image générée avec ChatGPT.