Que Dieu bénisse Claude !

CLAUDE

Que Dieu bénisse Claude ! Quand le catholicisme façonne la morale de l’IA   Un sommet un peu particulier s’est déroulé en mars dernier. L’entreprise Anthropic, créatrice de l’intelligence artificielle (IA) Claude, a réuni une quinzaine de figures importantes, issues de la communauté chrétienne américaine. Une conférence organisée avec un objectif : façonner la morale de l’IA Claude. En 2023, environ 20 % de la population française utilisaient des IA génératives, d’après le Baromètre du numérique. L’édition 2026 atteste qu’en 2025, près d’un Français sur deux (48 %) utilise ce type de service. Cet usage grandissant s’accompagne de dérives parfois extrêmes et, dans certains cas, peut conduire à des situations dangereuses et mortelles. Afin de contrer ces situations, certaines entreprises de la Silicon Valley retravaillent leurs algorithmes, d’autres limitent les sujets sur lesquels les IA peuvent s’exprimer (santé, fiscalité, etc.). Image créée avec CHATGPT (Prêtre catholique bénissant l’intelligence artificielle Claude). Une constitution Claude Dans ce sens, Anthropic, entreprise américaine ayant développé l’IA Claude, a décidé d’organiser, fin mars, une conférence un peu particulière dans ses locaux de San Francisco. Quinze figures de proue de la communauté catholique ont été réunies pour échanger autour de l’IA et plus particulièrement sur les capacités morales de Claude. Parmi ses personnalités, on peut citer : Paul Tighe, évêque irlandais et secrétaire du dicastère pour la Culture et l’Éducation ; Brian Patrick Green, philosophe et directeur d’éthique technologique au centre Markkula d’éthique appliquée, au sein de l’université jésuite américaine de Santa Clara ; Meghan Sullivan, professeur de philosophie à l’université de Notre-Dame, dans l’Indiana, spécialiste de la théologie morale. Durant 48 heures, ces philosophes, universitaires, théologiens et membres du clergé, ont débattu sur la moralité de Claude, ainsi que sur un potentiel « développement spirituel », expliquait Brian Patrick Green dans une interview donnée au Washington Post. « Qu’est-ce que cela signifie de donner une base morale à quelqu’un ? Comment pouvons-nous être sûrs que Claude se comporte de la bonne manière ? », questionne le philosophe.Différents sujets ont été évoqués durant ces deux jours de conférence. Des problématiques liées aux utilisateurs sur la souffrance, la gestion du deuil, ou encore l’autodestruction. D’autres interrogations, plus spirituelles, ont été abordées, notamment la valeur spirituelle que certaines personnes peuvent attribuer à des IA de conversation. Les conférenciers en sont même venus à se poser la question : « Peut-on considérer l’intelligence artificielle Claude comme un enfant de Dieu ? » Le prêtre de la Silicon Valley À terme, l’objectif d’Anthropic est de créer une « constitution Claude », une sorte de guide moral. L’entreprise américaine souhaite que son IA « soit honnête, réfléchie, et qu’elle se soucie du monde », comme expliqué sur leur site internet. L’un des conférenciers s’est particulièrement retrouvé dans cet objectif, le père Brendan McGuire. Pour cause, le prêtre américain incarne ce croisement entre technologie et religion. Durant les années 80, Brendan McGuire suit des études en ingénierie avec une spécialisation sur les logiciels et les cryptosystèmes. Il quitte son Irlande natale et s’installe dans la Silicon Valley, et devient rapidement directeur général de la Personal computer memory card international association, une association qui rassemblait les industriels du secteur technologique. Son avenir était alors tout tracé ; pourtant, à la fin des années 90, l’ingénieur abandonne tout et décide d’entrer dans les ordres. Ordonné en 2000, il intègre une paroisse californienne. Depuis 2020, il s’occupe de la paroisse de Los Altos, située en plein cœur de la Silicon Valley, et devient rapidement l’oreille attentive des géants de la Tech. Une position qui lui a permis de contribuer à la constitution Claude, notamment sur la manière de rendre l’IA plus apte au discernement, afin de l’orienter vers des comportements considérés comme plus responsables. Comme le rapporte l’Observer, le père McGuire pense que l’humain « se doit d’aider ces machines à pencher vers le bien, autrement elles ne seront qu’un reflet de notre monde, dans ces bons comme dans ces mauvais aspects. Cette pensée est effrayante, n’est-ce pas ? » Pour explorer un peu plus la relation entre la foi et une conscience créée artificiellement, le prêtre américain est actuellement en train de coécrire un roman avec Claude. L’œuvre devrait évoquer le parcours d’un moine désabusé et de son compagnon IA, avec pour titre provisoire (traduit) : L’Âme de l’IA : un prêtre, un algorithme et la quête de la sagesse. Toujours dans cette logique de façonner la morale de l’intelligence artificielle, Anthropic assure que d’autres groupes religieux (musulmans, juifs, hindous, etc.) et philosophiques seront consultés dans le même but. Une question reste toutefois en suspens. Cette conférence, marquera-t-elle un réel tournant dans la gouvernance de l’IA ? Ou s’agit-il simplement d’une stratégie de relations publiques ?   Par T.V.D.S.

La Pentecôte : grande fête chrétienne

La Pentecôte La Pentecôte est l’une des grandes fêtes chrétiennes. Elle commémore la descente du Saint-Esprit sur les disciples du Christ et marque, par la même occasion, la naissance de l’Église. Célébrée cette année le 24 mai, cette fête invite à revenir sur les origines de cet événement fondateur.La fête de la Pentecôte survient dix jours après celle de l’Ascension et cinquante jours après Pâques. Pourtant, à l’origine, il ne s’agit pas d’une fête catholique ni chrétienne. La Pentecôte trouve sa genèse dans la fête de Chavouot, une commémoration juive qui se déroule cinquante jours après Pessah, la pâque juive. L’étymologie de Pentecôte vient d’ailleurs du grec pentêkostê, qui signifie « cinquantième ».Lors de Chavouot, les communautés juives célèbrent le jour où Moïse aurait reçu la Loi, de la part de Dieu, sur le mont Sinaï. Cet acte symbolise l’alliance entre le divin et le peuple hébreu. La Descente du Saint-Esprit sur les apôtres, 1709, par Jean-Baptiste Jouvenet. © Château de Versailles, Dist. RMN / © Christophe Fouin Une célébration catholique Lors de l’Ascension du Jésus vers le Royaume de Dieu, le Christ délivre un dernier message à ses disciples : « … Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » Ac 1, 8. L’arrivée du Saint-Esprit se déroule dix jours après que le Christ a délivré son message prophétique, soit cinquante jours après sa résurrection (pâque). Peu de temps après avoir reçu l’Esprit-Saint, les apôtres transmettent le message du Christ et commencent à baptiser les premiers chrétiens. D’après le récit des Actes des Apôtres, c’est plus de 3 000 personnes qui sont alors baptisées. Cette situation marque l’émergence des premières communautés catholiques et, d’une certaine manière, la fondation implicite de l’Église.

La fête de l’Ascension : l’éternel Jeudi

L’Ascension Ce 14 mai , l’Ascension sera célébrée partout en France, et dans le monde. L’Ascension de Rembrandt (Peinture à l’huile sur toile). 1636 – Alte Pinakothek Munich Bien que vécue par beaucoup de Français, peu de fidèles connaissent la véritable signification de cette commémoration, qui est pourtant l’une des principales fêtes chrétiennes. Si Pâques marque la résurrection du Christ, l’Ascension marque son élévation vers le royaume des cieux, mais surtout la fin de sa vie en tant qu’homme.Après sa résurrection, et pendant quarante jours, le Christ apparaît et échange régulièrement avec ses disciples sur le royaume de Dieu. Les Actes des Apôtres relatent les dernières paroles de Jésus avant son ascension : « Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux [ses disciples], il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit-Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » » Ac 1, 4-5. Ce jour marque ainsi la fin de la présence physique et mortelle de Jésus. L’évangile selon saint Luc relate à peu près les mêmes faits : « Puis Jésus les emmena au-dehors, jusque vers Béthanie ; et, levant les mains, il les bénit. Or, tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il était emporté au ciel. » Lc 24, 50-51. Dix jours plus tard, le Saint-Esprit se manifeste devant les disciples afin de les bénir. Ce jour deviendra également une fête chrétienne, celle de la Pentecôte, et est considérée comme celle de la création de l’Église. Le Bucentaure retournant au Môle le jour de l’Ascension, de Canaletto, 1727-1729. (Peinture à l’huile sur toile) Rappel historique La célébration de l’Ascension remonterait au ive siècle. Elle était d’ailleurs parfois célébrée en même temps que la Pentecôte. Chaque année, les fidèles se rendaient, en procession, au lieu de l’arrestation du Christ, sur le mont des Oliviers, à côté de Jérusalem. Jusqu’au xviiie siècle, la ville de Venise célébrait cette fête avec la sortie annuelle d’un célèbre bateau, le Bucentaure. Une célébration dépeinte par le peintre vénitien, Canaletto, notamment avec l’œuvre Le Bucentaure retournant au Môle le jour de l’Ascension *. À partir du xve siècle, ces célébrations diminuent. En cause, la réforme protestante qui supprime cette fête de ses registres, et la montée de la foi protestante en France. La Révolution marque un autre point de tension, creusant un peu plus le fossé entre le peuple et l’Église. Il faudra attendre 1801 pour que l’Ascension regagne son statut de fête chrétienne, grâce au traité signé entre Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII. Le Concordat entérine le fait que cette célébration devienne un jour légalement chômé, et donc férié. Ce statut légal sera conservé après la séparation de l’Église et de l’État, en 1905. L’éternel jeudi Qu’importe l’année, la fête de l’Ascension tombera toujours un jeudi. Il ne faut pas y voir une sorte de sacralisation de ce jour, la raison est principalement historique. En 325, l’empereur romain Constantin décide de réunir une assemblée d’évêques chrétiens. Pour beaucoup d’historiens, ce premier concile de Nicée constitue la première assemblée œcuménique de l’histoire du christianisme. Beaucoup de sujets ont été débattus lors de ce concile, avec la volonté de réduire les dissensions liturgiques et tenter d’unir l’ensemble des communautés sous une même nomenclature.   Afin de décider quelle date adopter pour l’Ascension, le concile décide de se baser sur les Actes des Apôtres (voir extrait). Cette élévation se situerait quarante jours après la résurrection du Christ, déjà célébrée un dimanche. Pour exemple, en 2026, Pâques était le 5 avril. En ajoutant quarante jours, vous tomberez sur le jeudi 14 mai.