La fête du Saint-Sacrement
Au fait, c’est quoi la Fête-Dieu ?
L’un des passages les plus connus de la Bible est tiré de l’évangile selon Matthieu, chapitre 26, versets 26 à 29 : « Prenez, mangez ; ceci est mon corps. […] Buvez-en tous, car ceci est mon sang… » Un passage inspirant le principe de l’Eucharistie ; pourtant, cette cérémonie a failli n’être qu’un détail parmi tant d’autres.
La Fête-Dieu, aussi appelée Saint-Sacrement ou Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ, fait partie des célébrations catholiques centrées autour d’un principe religieux, plutôt que d’un événement de la vie du Christ. C’est une manière de fêter la présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de l’Eucharistie, à travers le pain et le vin consacrés. Une commémoration de la transsubstantiation, en somme.
Les origines de ce principe s’inscrivent dans un débat théologique houleux débutant au tout début du 11e siècle. Le théologien et philosophe, Bérenger de Tours remet alors en cause la présence réelle du Christ dans le sacrement de l’Eucharistie. Ses idées seront jugées hérétiques par le pape Léon IX, en 1050. Malgré cette condamnation, le débat autour de la transsubstantiation se poursuivra jusqu’à la seconde partie du 12e siècle.
Cette polémique sera désamorcée grâce au développement de la théologie sacramentelle, ainsi que de la prédiction, durant les 12e et 13e siècles. Un autre élément aurait également joué en faveur de l’instauration de cette fête, un événement étrange survenu à Bolsena, en Italie, autour de 1263.
Un miracle eucharistique
Les différents récits et témoignages relatent l’histoire de Pierre de Prague, un ecclésiastique venu de Bohème, en plein pèlerinage. Il aurait alors évoqué de profonds doutes spirituels et théologiques sur le principe de transsubstantiation.
Alors qu’il officiait une messe, au moment de la consécration, il aurait saisi une hostie qui aurait subitement pris une couleur rosée et laisser tomber des gouttes de sang sur le linge liturgique. La messe aurait été interrompue par le prêtre qui souhaitait porter l’hostie auprès du pape Urbain IV. Ce dernier se serait déplacé afin de constater l’authenticité de cet événement.
Afin de lutter contre de nouvelles dissonances liturgiques et d’affirmer la présence du Christ durant le sacrement eucharistique, le souverain pontife réédite la bulle Transiturus, en septembre 1264. Avec ce document, Urbain IV utilise son autorité pour instituer ce principe de la « présence réelle » du Christ. Il décide également de fixer une célébration, le jeudi suivant la célébration de la Sainte-Trinité. Un geste nécessaire : « Il est juste, pour confondre la folie de certains hérétiques, qu’on rappelle la Présence du Christ dans le Très-Saint-Sacrement », écrit le pape.
Pourquoi un dimanche ?
Mais, si la fête du Saint-Sacrement se situe toujours le jeudi suivant la Sainte-Trinité, ne devrions-nous pas la célébrer le jeudi 4, au lieu du 7 juin ?
Pour cause, La France fait partie des quelques pays célébrant le Saint-Sacrement le dimanche suivant la fête de la Sainte-Trinité.
Ce changement survient en 1801 avec la signature du Concordat par Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII. À la suite de la Révolution, de nombreuses célébrations religieuses ont été délaissées, telles que les processions du Saint-Sacrement.
Certaines commémorations religieuses, devenues des jours fériés, ont été supprimées, et avec elle, le caractère chômé de ces dates.
Afin d’accommoder la célébration pour qu’elle puisse rassembler le plus de fidèles, Pie VII a décidé d’octroyer à l’Empire français, un indult. Une dérogation papale qui déplace la célébration du jeudi au dimanche, pour l’ensemble des pays où la fête du Saint-Sacrement n’est pas un jour férié.
Par T.V.D.S.