Du cœur au Sacré
C’est quoi le Sacré-Cœur ?
Au cours des siècles, le cœur du Christ est devenu une référence de l’iconographie catholique. Représentant à la fois, l’amour inconditionnel que Jésus porte à l’humanité, la miséricorde et la souffrance rédemptrice. Malgré sa forte charge symbolique et spirituelle, la liturgie autour du Sacré-Cœur est assez récente, en comparaison avec le reste de l’iconographie catholique.
Les prémices de cette dévotion apparaissent dès le xiiie siècle, notamment en Allemagne au sein de l’ordre des Cisterciennes. Progressivement, d’autres congrégations religieuses pratiquent cette dévotion : les Franciscains, les Dominicains ainsi que les Chartreux.Il faudra toutefois attendre le xviie siècle, pour qu’une liturgie soit officiellement constituée.
L’architecte liturgique
On ne peut parler du Sacré-Cœur, sans évoquer la figure historique de Jean Eudes, prêtre français du xviie siècle, considéré comme l’un des édificateurs de la liturgie du Sacré-Cœur.Le jeune Normand est ordonné prêtre en 1625 et devient missionnaire, deux plus tard. Pendant une quinzaine d’années, il parcourt le royaume de France et échappe plusieurs fois à une épidémie de peste. En parallèle, le Normand poursuit ses réflexions théologiques, notamment autour du Cœur immaculé de Marie, une dévotion qui gagne en influence.
Ses missions, associées à l’épidémie, provoquent une véritable prise de conscience : l’abandon spirituel auquel doivent faire face les campagnes. Il décide donc de fonder un ordre dont la mission sera de former des prêtres en zones rurales. Ainsi, le 25 mars 1643, il établit l’ordre des Eudistes, aussi appelé Congrégation de Jésus et Marie.
Pendant plusieurs décennies, Jean Eudes forme des nouvelles générations de prêtres, tout en développant le culte du Sacré-Cœur. Un dogme qui sera approuvé par plusieurs évêques en 1672, et donnera lieu à la première fête du Sacré-Cœur, le 20 octobre de la même année.
Un dogme en mouvement
Ce nouveau dogme sera conforté par Marguerite-Marie, sœur de l’ordre des Visitandines. En effet, entre 1673 et 1675, la moniale dit avoir reçu au moins trois révélations du Christ. Chacune de ses visions portait sur le Sacré-Cœur. Selon le propre témoignage de la moniale : « Jésus me fit reposer fort longtemps sur sa divine poitrine, où il me découvrit les merveilles de son amour et les secrets inexplicables de son Sacré-Cœur qu’il m’avait toujours tenus cachés jusqu’alors qu’il me les découvrit pour la première fois. »
Dans une autre vision, le Christ lui aurait transmis les détails allégoriques et graphiques du Sacré-Cœur.
Un cœur entouré de flammes, un halo lumineux l’entourant. Une partie ensanglantée, là où le soldat romain aurait percé le corps du Christ.Une couronne d’épines entoure le cœur, surmonté d’une croix. Progressivement, cette iconographie se répand dans le royaume de France, certains lieux sont même placés sous la protection du Sacré-Cœur. En 1720, l’évêque de Marseille décide de placer la cité phocéenne sous la protection du Sacré-Cœur, afin de protéger les habitants d’un nouvel épisode de peste.
Initié à cette dévotion par l’ordre des Visitandines, l’épouse de Louis XIV, Marie Leczinska parvient à convaincre les évêques de France, d’étendre cette célébration à l’ensemble du royaume, y compris au sein même de la cour et de la famille royale. À partir de la seconde moitié du xviiie siècle, un nombre grandissant de suppliques sont envoyées au Vatican, les fidèles exprimant leur volonté d’instituer cette fête.
En 1765, le pape Clément XIII approuve l’instauration d’une commémoration officielle, pour l’Église romaine. Il faudra toutefois attendre près d’un siècle, pour que le pape Pie IX décide d’étendre cette célébration à l’ensemble de l’Église catholique.
Le conseil œcuménique de Vatican II de 1965, hissera cette célébration au rang des solennités, au même titre que Pâques ou l’Ascension .
Cette fête se déroule dix-neuf jours après la Pentecôte , et donc toujours un vendredi.
D’Amiens à Montmartre
Entretemps, l’iconographie et la liturgie du Sacré-Cœur se sont largement répandues. Au début du xixe siècle, Madeleine-Sophie Barat décide, avec d’autres figures religieuses de l’époque, de fonder la Société du Sacré-Cœur de Jésus. Cette nouvelle congrégation religieuse voit donc le jour le 21 novembre 1800, et devient progressivement une structure de formation liturgique, exclusivement féminine. L’ordre prend rapidement le nom de Religieuses du Cœur de Jésus. D’abord implanté à Amiens, l’ordre se développe rapidement dans le reste de l’Empire français, puis en Amérique du Nord et du Sud, à partir de 1818.
Aujourd’hui, cette congrégation est présente sur 5 continents et dans une quarantaine de pays. La vocation formatrice, toujours présente, s’est développée à travers des groupements scolaires, tels que le Groupe scolaire Sophie Barat, situé dans les Hauts-de-Seine.
Durant la seconde moitié du xixe siècle, la ferveur autour du Sacré-Cœur ne cesse de s’étendre. Le philanthrope, et homme d’affaires parisien, Alexandre Legentil exprime une volonté bien particulière : « Et pour faire amende honorable de nos péchés, et obtenir de l’infinie miséricorde du Sacré-Cœur de notre Seigneur Jésus-Christ (…), nous promettons de contribuer à l’érection à Paris d’un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus. »
Une volonté partagée par la communauté catholique parisienne et bénie par le pape Pie IX. Très rapidement, la colline de Montmartre est choisie comme emplacement, et la construction commence. Officiellement, elle dura seize ans ; dans les faits, les travaux ont duré plus de quarante-cinq ans.